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Nous avons déjà vu ce film. Deux fois.
Le conflit ukrainien ne commence pas en 2022. Il commence en 2014, avec le renversement du président élu Ianoukovitch — financé, organisé, salué par Washington. Pendant huit ans, l’Occident arme, forme, intègre progressivement l’Ukraine dans son orbite, pendant que Moscou regarde ce mouvement de tenailles se refermer. Quand Poutine lance son « opération spéciale » en février 2022, il pense en finir en quelques jours. Trois ans plus tard, la guerre continue. Le film n’a pas eu la fin prévue.
En 2025, Trump pense qu’il suffit de « quelques semaines » pour faire plier l’Iran.
Il a probablement tort pour les mêmes raisons.
Il y a pourtant une leçon que personne ne tire. L’Occident a sanctionné la Russie en 48 heures après février 2022 — gel des avoirs, exclusion du SWIFT, embargo partiel sur l’énergie. Trois ans plus tard, l’économie russe résiste. Elle se renforce même : diversification forcée vers l’Asie, nouveaux partenaires commerciaux, industrie de défense en expansion. La perception de la Russie n’a pas été détruite. Ni par les sanctions. Ni par les assassinats de dirigeants. L’outil punit — il ne plie pas. L’Iran a regardé. Il a pris note.
Ce qu’on oublie systématiquement, c’est l’histoire longue. En 1953, la CIA renversait Mohammad Mossadegh — premier ministre démocratiquement élu, dont le seul tort était de vouloir nationaliser le pétrole iranien. On lui a substitué le Shah, sa Savak, ses tortures. La révolution islamique de 1979 n’est pas tombée du ciel : c’est la réponse directe à vingt-six ans de dictature installée par l’Occident. Ce que Trump appelle « le régime des mollahs », c’est le régime que Washington a fabriqué lui-même — par cynisme et par pétrole.
Depuis, l’Iran a eu quarante-cinq ans de sanctions pour apprendre à se passer de l’Occident. Son industrie militaire a développé des missiles de croisière, des drones longue portée, des réseaux régionaux — Hezbollah, Houthis, milices irakiennes — qui forment une toile de présence que les bombes ne détruisent pas. L’Iran n’est pas l’Irak de 2003, un État épuisé par une décennie d’embargo. C’est un adversaire qui s’est préparé, précisément, à ce scénario.
Washington a d’ailleurs déjà essayé les alternatives. En 2009, lors de la Révolution Verte, les chancelleries occidentales amplifient le mouvement, affichent leur soutien, misent sur un effondrement du régime. Le régime tient. En 2022, lors des protestations qui suivent la mort de Mahsa Amini, même scénario : médiatisation massive, pression maximale, espoir d’un basculement. Le régime tient encore. Quand le plan A échoue, et que le plan B échoue, on sort les missiles. C’est une logique d’épuisement des options — pas une stratégie.
Les généraux américains le savent. C’est pour ça qu’ils conseillent contre. Trump fait de la politique. Il a besoin d’une victoire visible. La politique et la stratégie ne produisent pas les mêmes décisions — et ce n’est pas le même peuple qui en paie le prix.
Pendant ce temps, le sablier tourne dans l’autre sens. Ce sont les États-Unis qui voient leur économie s’éroder, leur notoriété s’effriter, leurs alliés hésiter. L’empire qui sanctionne finit par se sanctionner lui-même.
L’histoire bégaie. Les empires font toujours la même erreur : ils confondent la faiblesse économique avec la faiblesse de la volonté.
Ce n’est pas la même chose.
Ce n’est pas de l’anti-américanisme. C’est de la lecture d’histoire.
📖 Le Métier de Berger
📖 De l’or au code, Tome 1
📖 De l’or au code, Tome 2
📖 La Novlangue (gratuit)