L'état de droit (capturé)
en principe, la loi au-dessus de tous. Le mécanisme consiste à capturer la définition même de ce qu'est « l'état de droit ».
L'état de droit est une conquête précieuse : l'idée que nul n'est au-dessus de la loi, pas même le puissant, et que le citoyen dispose d'un juge pour s'y opposer. C'est un bouclier. Le rouage n'est pas de le combattre — ce serait le désarmer — mais de capturer la définition : car celui qui obtient le pouvoir de dire ce que « l'état de droit » exige ou permet tient un levier redoutable. Le même principe peut alors servir de bouclier pour les uns et d'arme contre les autres : on invoque la règle avec rigueur face au faible, et on lui ménage des sorties pour le fort — transactions qui éteignent les poursuites, régimes d'exception, zones où la loi commune ne s'applique plus (voir la transaction pénale et les zones d'exemption). L'état de droit ne se démonte pas de front ; il se vide de l'intérieur, à définition constante, en gardant les mots et en déplaçant leur usage. La vigilance ne consiste donc pas à se méfier du principe, mais à surveiller sans relâche qui en tient la définition — et à vérifier que la même règle vaut vraiment pour tous, dans les faits et pas seulement dans les textes.