La porte tournante
passer du ministère à l'entreprise qu'on régulait, puis revenir : la même personne des deux côtés du guichet.
La porte tournante (revolving door) désigne le va-et-vient des mêmes personnes entre la puissance publique et les intérêts privés qu'elle encadre : un haut fonctionnaire qui régule un secteur, puis se fait embaucher par ce secteur — et parfois revient. Le problème n'est pas qu'un individu change de métier ; c'est ce que la trajectoire fait au jugement : on ne durcit pas volontiers une règle contre un futur employeur, et on arrive dans le privé avec le carnet d'adresses et les codes de la maison qu'on vient de quitter. Le cas emblématique : en 2016, l'ancien président de la Commission européenne José Manuel Barroso a rejoint la banque Goldman Sachs — au point que la Médiatrice européenne a critiqué l'affaire et qu'une pétition a recueilli plus de 150 000 signatures. Il ne s'agit pas d'un scandale isolé mais d'un flux régulier : une part notable des anciens commissaires et régulateurs rejoignent les conseils d'administration des secteurs qu'ils supervisaient. Le rouage transforme la fonction publique en antichambre : le service de l'intérêt général devient, pour certains, une ligne sur un CV avant le vrai salaire.