Présence, silence, identité — un guide pour habiter sa vie.
Vous avez fait « tout ce qu’il fallait ». Études, premier emploi, mariage, enfants, maison, carrière, retraite anticipée à 60 ans (ou 65, ou bientôt 67). Vous avez coché les cases que la société vous a données.
Et pourtant, quelque chose revient. Un dimanche matin, dans le silence de la maison. Un soir, en regardant une étoile à la fenêtre. Un instant, en marchant seul. Une question s’élève — pas formulée explicitement, mais sentie : « est-ce ça, ma vie ? ». Pas « suis-je heureux ? » (question stérile). Pas « qu’est-ce que je dois faire ? » (question d’action). Une question plus profonde : « qui suis-je vraiment, dans tout ça ? »
Cette question est l’axe de la deuxième moitié de la vie. Quand on a 25 ans, on se construit. Quand on a 50 ans, on récolte. Et quand on a 65 ans, 75 ans, on regarde. Et ce qu’on voit, parfois, c’est qu’on n’a pas vraiment habité sa vie — on l’a traversée.
Ce livre est pour ceux qui ne veulent pas finir leur vie comme on finit une route — par lassitude. Pour ceux qui veulent, dans le temps qui reste, l’habiter. C’est tout. C’est beaucoup.
État d’âme est une série de réflexions sur les passages, les questions, les redécouvertes de la deuxième moitié de la vie. Pas un guide spirituel d’une seule tradition. Pas un guide de coaching. Méditation pratique qui croise : - Les traditions contemplatives (chrétienne, bouddhiste, soufie, juive). - La philosophie classique (stoïciens, montaignistes, existentialistes). - La psychologie des âges (Erik Erikson, Carl Jung, James Hillman). - La littérature qui sait dire l’intériorité (Bobin, Pessoa, Pascal Quignard, Patrick Modiano).
Ce tome 1 pose les fondations sur trois axes : présence, silence, identité.
Le constat. La capacité à être présent s’est massivement érodée chez les adultes modernes. Vous êtes en train de manger avec votre conjoint, mais votre tête est sur l’écran de votre téléphone, ou sur la to-do list de demain, ou sur la conversation que vous auriez dû avoir hier. Vous êtes partout sauf là.
Cette diffraction de la présence est, selon les neuroscientifiques (cf. travaux de Bessel van der Kolk, Daniel Siegel, Antonio Damasio), un état neuropathologique moderne. Notre cerveau n’a pas été conçu pour vivre simultanément dans trois temporalités (passé/présent/futur) et trois espaces (ici/ailleurs/écran).
Le retour à la présence.
Pratique 1 — La marche attentive. 30 minutes par jour. Pas comme exercice physique — comme exercice de présence. Sentir les pieds qui touchent le sol. Voir les choses qu’on croisait sans voir. Entendre les sons qui étaient là sans qu’on les entende. Cette pratique, qui paraît simple, est en réalité difficile au début — l’esprit s’évade constamment. Continuer.
Pratique 2 — Le repas attentif. Un repas par jour mangé sans écran, sans lecture, sans téléphone. Goûter les aliments. Sentir leur texture. Mâcher lentement. Apprécier ou détester en conscience.
Pratique 3 — La conversation présente. Quand on parle avec quelqu’un, être avec lui. Pas en train de chercher la prochaine question, pas en train de planifier la prochaine réplique. Juste écouter. Cette pratique est si rare qu’elle peut transformer vos relations — l’autre sentira qu’on l’écoute vraiment, ce qui est devenu une expérience extraordinaire.
Pratique 4 — Le sas. Avant de passer d’une activité à une autre, prendre 30 secondes de pause consciente. Respirer. Quitter l’activité précédente. Arriver dans la suivante. Ces sas, multipliés sur une journée, transforment le rapport à la vie.
Le constat. Le silence a disparu de la vie moderne. Lumière permanente, bruit ambiant continu, notifications, musique de fond, télévision allumée par habitude. Nous vivons dans un bruit blanc permanent.
Conséquence : plus de silence intérieur non plus. La pensée s’évade dans tous les sens, suit les notifications, rumine les inquiétudes. L’espace où l’âme pourrait se reposer, s’écouter, respirer — est colonisé.
Le retour au silence.
Pratique 1 — La méditation assise. 10-20 minutes par jour, le matin idéalement. Pas pour atteindre l’illumination. Pas pour vider sa tête (impossible). Pour observer ce qui s’agite dedans, et revenir à la respiration chaque fois qu’on s’évade. Cette pratique renforce progressivement la capacité au silence.
Pratique 2 — Les jeûnes médiatiques. Une demi-journée par semaine sans écran, sans radio, sans podcast. Rien que vous, votre vie, votre maison. Au début c’est inconfortable. Puis c’est libérateur.
Pratique 3 — La promenade silencieuse. Marcher seul ou à deux sans parler pendant 30 minutes. Difficile mais transformateur. La présence silencieuse partagée est plus profonde que la conversation continue.
Pratique 4 — La retraite. Une fois par an, trois à sept jours dans un lieu silencieux (monastère, centre de retraite, gîte isolé). Pas de téléphone. Lectures lentes, marches, repas attentifs. Cette pratique réinitialise quelque chose.
Le constat. Vous vous êtes construit par vos rôles : enfant, étudiant, salarié, conjoint, parent, retraité. Chaque rôle a une identité associée. Et vous avez identifié votre moi à ces rôles.
À 60-75 ans, plusieurs rôles s’effritent simultanément : - L’identité professionnelle disparaît à la retraite. - L’identité parentale se dilue quand les enfants partent. - L’identité conjugale s’épaissit ou s’étiole avec le temps. - L’identité sociale (votre milieu, vos amis, votre statut) se modifie.
Que reste-t-il quand les rôles s’effritent ? Si vous n’êtes que vos rôles, vous devenez rien. Si vous êtes plus que vos rôles, alors quoi ?
Cette question est ce que Carl Jung appelait l’individuation de la seconde moitié de la vie : la désidentification progressive des rôles, et l’émergence du soi authentique.
Le retour à l’identité.
Pratique 1 — Le journal intime. Écrire 15-20 minutes par jour, à la main, dans un carnet. Pas pour la postérité. Pour soi. Noter ce qui se passe, ce qu’on ressent, ce qu’on pense. Voir sa propre vie de l’extérieur — par l’écriture — fait apparaître des patterns invisibles autrement.
Pratique 2 — La revue de vie. Tous les ans (par exemple à votre anniversaire), prendre une journée pour regarder en arrière votre année. Ce qui a compté. Ce qui s’est révélé. Ce que vous avez appris. Ce que vous voudriez changer. Et regarder en avant : qu’est-ce que vous voulez vraiment pour l’année qui vient ?
Pratique 3 — Les questions ouvertes. Se poser régulièrement des questions sans réponse immédiate : - « Si je ne pouvais faire qu’une seule chose dans les 10 ans qui me restent, ce serait quoi ? » - « Qu’est-ce qui me fait pleurer (de joie ou de tristesse), et pourquoi ? » - « Qu’est-ce qui me met en colère, et que dit cette colère de moi ? » - « Qu’est-ce que j’admirais à 20 ans et que je n’admire plus ? Que dit ce changement ? »
Pratique 4 — L’art et la création. Reprendre une activité créative (peinture, écriture, musique, jardinage, photographie). Pas pour la performance. Pour le plaisir d’exister dans le faire. La création est un langage de l’âme qui contourne les rôles.
Présence, silence, identité ne sont pas trois disciplines distinctes. Elles convergent : - La présence crée du silence intérieur (parce qu’on cesse de fuir dans l’évasion mentale). - Le silence révèle l’identité profonde (parce que les rôles cessent de parler à votre place). - L’identité authentique permet la présence soutenue (parce qu’on n’a plus besoin de fuir ce qu’on est).
Cette trinité est le chemin que ce livre propose. Pas un chemin court. Pas un chemin spectaculaire. Un chemin quotidien, dans la durée.
Une réflexion claire sur les trois axes de la vie intérieure adulte.
Des pratiques concrètes par axe (4 pratiques chacun, soit 12 pratiques à intégrer progressivement).
Une bibliographie des maîtres qui ont écrit sur ces questions — d’Eckhart à Bobin, de Sénèque à Pema Chödrön.
Une perspective ouverte aux croyants comme aux non-croyants — la vie intérieure n’a pas d’obédience obligatoire.
Jacques Jordens écrit ce livre depuis sa propre expérience de la deuxième moitié de la vie. Sans prétention à l’illumination. Avec fidélité aux pratiques qu’il décrit (et qu’il pratique imparfaitement, comme tout le monde).
Sa singularité : un livre français synthétisant des traditions contemplatives variées sans confessionalisme. Accessible aux adultes responsables qui veulent prendre soin de leur vie intérieure sans embrasser une tradition unique.
Vous avez fait ce qu’il fallait dans votre vie.
Mais avez-vous habité cette vie ?
Ce livre vous invite à le faire — pas demain, maintenant.
Pour le temps qui reste.
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