Comment l'argent est créé
À près de 90 %, ce n'est pas l'État qui l'imprime : ce sont les banques privées, à chaque prêt accordé, d'un simple jeu d'écriture. L'argent naît de la dette — et disparaît quand on la rembourse.
On imagine que l'argent est imprimé par l'État, ou prêté à partir de l'épargne des déposants. C'est faux. Dans une économie moderne, l'essentiel de la monnaie est créé par les banques commerciales, d'un simple jeu d'écritures, au moment où elles accordent un crédit : la banque n'avance pas l'argent d'un autre client, elle inscrit une somme nouvelle sur votre compte. Le prêt crée le dépôt, pas l'inverse. Ce n'est pas une thèse militante : c'est la Banque d'Angleterre elle-même qui l'écrit, noir sur blanc, dans son bulletin trimestriel de 2014 (Money creation in the modern economy), en précisant qu'environ 97 % de la monnaie en circulation existe sous forme de dépôts bancaires — de la monnaie privée — et non de billets. La banque centrale ne fabrique que les pièces, les billets et les réserves. Conséquence : le robinet de la monnaie est tenu par des acteurs privés dont le métier est de prêter à intérêt ; quand ils prêtent, la masse monétaire gonfle ; quand ils cessent, elle se contracte. Comprendre cela, c'est voir que la question « où l'État trouve-t-il l'argent ? » est mal posée — l'argent n'est pas une quantité fixe qu'on se partage, c'est une écriture qu'on autorise.