La banque centrale
l'institution qui fabrique la monnaie de base et fixe le prix de l'argent (les taux). Ni élue, ni vraiment contrôlable.
Une banque centrale — la BCE pour la zone euro, la Fed aux États-Unis — n'est pas une banque comme les autres : c'est l'institution qui fixe le prix de l'argent (le taux d'intérêt) et qui peut en créer sans limite pour prêter aux banques ou racheter des dettes. Sa particularité : elle est délibérément placée hors de portée du vote. Le traité de Maastricht (1992), repris à l'article 130 du traité européen, interdit à la BCE de recevoir des instructions d'un gouvernement ou d'un élu — c'est l'« indépendance ». L'argument est respectable : éviter qu'un pouvoir politique n'actionne la planche à billets pour gagner une élection. Mais le revers est un rouage majeur : les décisions qui pèsent le plus sur votre vie — le coût de votre crédit, la valeur de votre épargne, l'emploi — sont prises par un conseil que vous n'élisez pas et ne pouvez pas renvoyer. Comment sa tête est-elle désignée ? Le président de la BCE — comme les cinq autres membres du directoire — est nommé par le Conseil européen (les chefs d'État et de gouvernement de la zone euro), à la majorité qualifiée, sur recommandation des ministres des Finances ; le Parlement européen n'est que consulté, par un avis qui ne lie personne. Mandat : huit ans, non renouvelable, et nul ne peut le révoquer pour désaccord politique (article 283 du traité). Autrement dit, celui qui fixe le prix de l'argent est choisi à huis clos par des exécutifs, pour huit ans, hors de tout vote et de tout rappel. L'ampleur du pouvoir se lit au bilan : celui de la BCE est passé d'environ 1 200 milliards d'euros en 2008 à près de 9 000 milliards en 2022, à force de créer de la monnaie pour acheter des titres. Et ce pouvoir est très concret : c'est le conseil des gouverneurs de la BCE — présidé par elle, élu par personne — qui décide de lancer un assouplissement quantitatif (QE), l'opération qui gonfle le prix des actifs, érode l'épargne et rogne le pouvoir d'achat des salariés (voir la fiche « Quantitative easing »). Un choix aux effets redistributifs massifs, présenté comme purement technique — et pris sans un seul vote. Ni complot ni cabale : une compétence décisive, retirée par construction du champ démocratique — au nom du sérieux.