Quantitative easing (QE)
« assouplissement quantitatif » : la banque centrale crée de l'argent pour racheter de la dette. Le nom savant d'une planche à billets.
Le quantitative easing (« assouplissement quantitatif », QE) est le nom technique d'un geste simple : la banque centrale crée de la monnaie nouvelle pour racheter massivement des dettes — surtout des obligations d'État — sur les marchés. But affiché : faire baisser les taux d'intérêt et relancer l'économie quand les taux sont déjà à zéro. Les montants donnent le vertige : la Banque d'Angleterre a créé 895 milliards de livres de 2009 à 2021 ; la Réserve fédérale américaine a porté son bilan d'environ 900 milliards à près de 9 000 milliards de dollars. L'effet secondaire rarement mis en avant : en rachetant les obligations, on fait monter le prix des actifs — actions, immobilier, obligations —, qui appartiennent surtout aux plus fortunés. Ce n'est pas une accusation partisane : dans son propre rapport de 2012 (The Distributional Effects of Asset Purchases), la Banque d'Angleterre reconnaît que les gains ont bénéficié en priorité aux ménages les plus riches, détenteurs d'actifs. Et il y a un revers, encore moins dit : celui qui ne possède pas d'actifs ne gagne rien à cette hausse — au contraire. Car parmi les actifs qui gonflent, il y a le logement. Quand l'immobilier s'envole, le salarié qui voulait acheter voit le toit s'éloigner et son loyer grimper : à salaire égal, il s'offre moins de mètres carrés qu'avant. Son pouvoir d'achat réel recule pendant que le propriétaire s'enrichit en dormant. Et l'on nous rassure dans le même temps : « l'inflation est maîtrisée, à 2 % ». Sauf que ce chiffre mesure un panier de biens de consommation courante et ignore largement le prix des actifs, le logement en tête. On affiche donc une inflation « sous contrôle » pendant que l'immobilier grimpe bien plus vite : le compteur officiel reste calme, la vie du salarié devient hors de portée. Et ces 2 % ne sont pas zéro : c'est une cible voulue — soit, chaque année, 2 % de la valeur réelle de votre épargne qui s'évapore, par décision de politique monétaire. Celui qui met prudemment de l'argent de côté perd un peu chaque année ; pour ne pas fondre, il est poussé vers les actifs — ceux-là mêmes que le QE fait grimper. La boucle se referme : on pénalise l'épargne prudente et on récompense qui détient déjà des actifs. Conséquence : un outil présenté comme technique et neutre redistribue bel et bien — vers le haut, et au détriment de qui vit de son salaire. Le rouage n'est pas caché ; il est simplement peu raconté.