La gouvernance par la peur
une suite de crises qui appellent des sacrifices : chaque peur, réelle ou non, justifie un cran de pouvoir en plus.
La gouvernance par la peur est un rouage ancien : un danger — réel ou monté en épingle — justifie des mesures exceptionnelles qu'on n'aurait jamais acceptées à froid. La peur fait consentir vite, sans débat, « le temps que ça passe ». Le point délicat, et honnête, est celui-ci : le danger est parfois bien réel (une épidémie, une attaque, une crise financière). Le rouage n'est pas d'inventer la menace, c'est ce qu'on en fait : suspendre des garanties, étendre des pouvoirs, voter dans l'urgence. Car ces mesures ont une fâcheuse tendance à ne jamais repartir. L'historien de l'économie Robert Higgs l'a établi (Crisis and Leviathan, 1987) : à chaque grande crise l'État s'étend — et, la crise passée, il ne revient jamais tout à fait à son niveau d'avant (voir le cliquet). Décennie après décennie, l'exception d'hier devient la règle d'aujourd'hui, socle de l'exception de demain. La vigilance ne consiste donc pas à nier les périls, mais à surveiller ce qu'on nous demande d'abandonner en échange de la protection — et à réclamer, chaque fois, la date à laquelle on nous le rendra.