L'inflation
pas une fatalité venue du ciel : la perte de valeur de la monnaie, souvent quand on en crée plus vite que les biens.
L'inflation — la hausse générale des prix — est présentée comme une fatalité météorologique : elle « survient », on la « subit ». Mais c'est d'abord un transfert de richesse, avec des gagnants et des perdants. Qui perd : celui qui détient de l'argent liquide, et celui dont le salaire ou la pension est fixe — leur pouvoir d'achat fond. Qui gagne : celui qui doit de l'argent, car il rembourse sa dette avec une monnaie qui vaut moins — et le plus gros débiteur du pays, c'est l'État. L'inflation est ainsi un impôt qui ne dit pas son nom : elle allège les dettes sans jamais passer par un vote. Il y a un second rouage, repéré dès le XVIIIᵉ siècle par Richard Cantillon (l'« effet Cantillon ») : la monnaie nouvelle n'arrive pas partout en même temps. Ceux qui la touchent en premier — banques, marchés, gros emprunteurs — dépensent avant que les prix n'aient monté ; ceux qui la touchent en dernier — salariés, retraités — ne trouvent plus que des prix déjà gonflés. La hausse des prix n'est donc pas neutre : selon l'endroit où l'on se tient dans la file, on est servi avant ou après la vague.