RG08

Ce qui fonctionne

Jacques Jordens

Série : Les Rouages →

Ce qui fonctionne

La page de vente


L’antidote au tout-mauvais

Si vous avez lu les autres tomes des Rouages, vous pourriez en sortir avec une mauvaise impression : tout est manipulé, tout est capté, tout est défaillant. Ce serait, à vrai dire, faux — et démobilisateur.

Ce tome 8 est volontairement différent des autres. C’est un contrepoids au reste de la série. Il regarde ce qui, dans nos sociétés modernes, fonctionne réellement. Pas pour absoudre. Pour équilibrer le regard.

L’idée est simple : on ne peut pas réparer ce qu’on ne comprend pas. Et on ne comprend pas si l’on voit seulement les défauts. Une démocratie libérale moderne — française, belge, allemande, suédoise — est un système complexe qui a produit, à côté de ses dysfonctionnements bien réels, des avancées massives que nos arrière-grands-parents auraient considérées comme des miracles.

Reconnaître ces avancées n’est pas être complaisant. C’est être honnête.


Les avancées que nous tenons pour acquises

L’eau potable au robinet, 24h/24, 7j/7. Aujourd’hui, dans un appartement de Bruxelles ou de Marseille, vous tournez un robinet et de l’eau potable sort. Toujours. Sans réfléchir.

Au XIXᵉ siècle, 50-80 % des morts d’enfants venaient d’infections hydriques (choléra, dysenterie, typhoïde). Aujourd’hui : moins de 1 %. La diarrhée infantile a quasiment disparu comme cause de décès en Europe. Cette transformation est due à : assainissement (égouts), traitement de l’eau (chloration, filtration), surveillance bactériologique, service public de l’eau.

C’est un acquis civilisationnel colossal. À ne pas perdre. À ne pas privatiser n’importe comment.

L’électricité disponible en permanence. Coupures totales en France : moins de 2 heures par an par foyer en moyenne. En Belgique : autour de 30 minutes. En Inde : 50-200 heures selon la région.

L’électricité permet : éclairage continu, conservation alimentaire (frigo), chauffage, communications, médecine moderne, transports urbains, vie professionnelle, vie domestique. Tout notre confort matériel en dépend.

L’infrastructure électrique est l’un des plus grands accomplissements collectifs du XXᵉ siècle.

L’aviation civile sûre. Mortalité aérienne : environ 0,07 mort par million de passagers. Mortalité automobile : 7 morts par million de passagers — 100 fois plus.

Voler de Paris à New York en 2025 est plus sûr que conduire de Paris à Lille. Cette sécurité extraordinaire est due à : réglementation (OACI, AESA, FAA), formation des équipages, maintenance certifiée, retours d’expérience institutionnalisés (chaque incident analysé), coordination internationale.

Les antibiotiques. Fleming découvre la pénicilline en 1928. Production industrielle dans les années 1940. En 1900, l’espérance de vie mondiale était de 31 ans. En 2024, elle est de 73 ans. L’antibiothérapie est l’un des deux ou trois facteurs majeurs de ce doublement.

Une banale infection des voies urinaires, une appendicite, une pneumonie — tuaient au XIXᵉ. Aujourd’hui : traitement standard, 5-10 jours d’antibiotique, guérison. Trois milliards de personnes sauvées depuis 1940 selon les estimations.

(Le revers — résistance aux antibiotiques due à leur surutilisation — est un sujet majeur traité dans Urgence sanitaire mondiale. Mais le fait que les antibiotiques aient massivement sauvé des vies est indiscutable.)

L’imagerie médicale. Röntgen découvre les rayons X en 1895. Échographie médicale dans les années 1950. Scanner (CT) dans les années 1970. IRM dans les années 1980.

Aujourd’hui, on peut regarder à l’intérieur d’un corps sans le couper. Cancer dépisté tôt, fracture localisée, anévrysme repéré, malformation fœtale vue. Diagnostic non-invasif — l’une des révolutions silencieuses de la médecine.

La vaccination. - Variole : éradiquée en 1979 (OMS). Maladie qui tuait 300 millions de personnes au XXᵉ siècle. Disparue. - Polio : réduite de 99 % depuis 1988 (de 350 000 cas/an à quelques dizaines). - Rougeole : réduction de 95 % de la mortalité depuis 1980. - Tétanos : quasi-éradiqué en Europe.

Discussion des vaccins est légitime sur les modalités, les éventuels effets adverses, les politiques publiques. L’efficacité historique de la vaccination, sur les vaccins éprouvés, est indiscutable.

L’alphabétisation et l’instruction. - France 1850 : 50 % des Français savent signer leur nom. Bien moins peuvent lire couramment. - France 2024 : 95-98 % des adultes alphabétisés. 75 % atteignent le baccalauréat. - Belgique : transformations similaires.

L’école publique laïque obligatoire a transformé radicalement l’accès à la connaissance. Avec ses limites (massification, baisse de niveau dans certaines disciplines, inégalités persistantes), elle reste un acquis civilisationnel majeur.

Le suffrage universel. - 1789 : suffrage censitaire et masculin en France. - 1848 : suffrage universel masculin. - 1944-1945 : droit de vote des femmes en France. - 1948 : femmes au Parlement belge. - 1962 : suffrage universel direct pour le Président français.

Imparfait (abstention, professionnalisation politique, capture par les médias), mais infiniment supérieur à l’absolutisme monarchique. Le suffrage universel est un acquis qui n’a pas 100 ans en France pour les femmes. Personne ne voudrait y renoncer.

L’État-providence. - Sécurité sociale française : créée en 1945. - Sécurité sociale belge : 1944-1945. - Système de santé universel (NHS britannique 1948). - Allocations chômage, retraites par répartition, allocations familiales, allocations handicap.

L’État-providence a massivement réduit la misère en Europe occidentale après 1945. Avec ses limites (déficits récurrents, complexité administrative), il reste l’un des plus grands accomplissements politiques européens.

La justice pénale moderne. - Présomption d’innocence (article 9 DDHC). - Droit à la défense (assistance d’avocat). - Habeas corpus (interdit la détention arbitraire). - Voies de recours (appel, cassation, CEDH). - Abolition de la peine de mort (France 1981, Belgique 1996 sans application depuis 1950).

Imparfaite (lenteur, surpopulation carcérale, biais socio-économiques), infiniment supérieure au gibet sans procès de l’Ancien Régime.

La science et sa méthode. - Méthode expérimentale. - Revue par les pairs. - Réplicabilité (théoriquement requise). - Accumulation cumulative des connaissances.

Imparfaite, parfois captée, parfois fraudée — mais c’est elle qui a produit toutes les avancées matérielles précédentes. Sans science, pas d’antibiotiques, pas d’IRM, pas d’électricité, pas d’avion. Critiquer la science doit se faire avec discernement.

Les libertés individuelles. - Liberté de circulation (sauf cas d’exception). - Liberté d’expression (avec restrictions liées à diffamation, incitation à la haine). - Liberté religieuse (séparation de l’Église et de l’État). - Liberté sexuelle (entre adultes consentants — décriminalisée 1810/1981 selon les pays). - Liberté d’association. - Liberté de la presse (avec les limites discutées dans L’Angle Mort).

Encadrées, parfois restreintes — mais infiniment plus larges qu’au XIXᵉ.


Pourquoi on l’oublie

Cette liste d’acquis devrait nous emplir de gratitude. Pourquoi ne le fait-elle pas ? Trois raisons :

1. L’adaptation hédonique : on s’habitue à ce qu’on a. L’eau au robinet ne nous surprend plus. L’antibiotique guérit en silence. Le suffrage universel est « normal ». Ces acquis sont invisibles parce qu’ils marchent.

2. Le biais médiatique négatif : les médias couvrent ce qui ne va pas, pas ce qui va. Une catastrophe fait la une, un service public qui fonctionne ne fait jamais la une. Notre représentation du monde est ainsi biaisée vers le mauvais.

3. L’effet de cliquet : on tient pour acquis ce que la génération précédente a construit. Et on ne réalise pas la fragilité de ces acquis tant qu’ils ne sont pas menacés. Aujourd’hui — recul de l’État-providence, érosion de la sécurité sociale, attaques contre la justice indépendante — la fragilité commence à se voir.


Ce que ce livre vous apporte

Un inventaire raisonné des 12 grands acquis civilisationnels des sociétés démocratiques modernes.

Une lecture critique de chaque acquis — noter les limites, sans nier la réalité de l’acquis lui-même.

Une réflexion sur la fragilité : quels acquis sont menacés aujourd’hui ? Comment les défendre ?

Un antidote au cynisme : on ne sauve pas ce qu’on n’aime pas. Reconnaître ce qui fonctionne est la première condition de le préserver.


Un livre de tempérance

Jacques Jordens écrit ce tome en contrepoint volontaire des autres tomes des Rouages. Pas une rétractation. Une équilibration. La critique du système n’est valable que si elle reconnaît aussi ce que le système a produit de bon. Sinon, c’est de la haine — pas de la pensée politique.


À qui s’adresse ce livre

  • Aux lecteurs des autres tomes des Rouages qui veulent éviter de basculer dans le tout-mauvais.
  • Aux jeunes générations qui n’ont pas connu d’avant et tiennent les acquis pour évidents.
  • Aux citoyens qui veulent défendre ce qui doit l’être (services publics, État de droit, libertés).
  • À tous ceux qui cherchent une politique constructive plutôt qu’une dénonciation perpétuelle.

Format et caractéristiques

  • 200 pages — format trade 6×9 et A5
  • 13,00 € broché — 10,00 € EPUB
  • Bibliographie : Pinker (Enlightenment Now), Hans Rosling (Factfulness), Polanyi, Esping-Andersen, Castel

Critiquer ce qui ne va pas est nécessaire.
Mais reconnaître ce qui va est tout aussi nécessaire.
Sans la seconde, la première devient haine.
Avec les deux, elle devient pensée politique.