RG12

Le Millefeuille institutionnel

Jacques Jordens

Série : Les Rouages →

Le Millefeuille institutionnel

La fabrique de la non-responsabilité politique.

La page de vente


Quarante-deux morts, aucun responsable

En juillet 2021, les inondations de la vallée de la Vesdre ont fait quarante-deux morts en Belgique et plus de deux milliards d'euros de dégâts. Vingt mois plus tard, la commission d'enquête parlementaire wallonne rendait son rapport : cent soixante et une recommandations, des pages sur les systèmes d'alerte et la coordination entre niveaux de pouvoir — et aucune responsabilité individuelle établie. La catastrophe n'a été imputée à personne en particulier.

Ce livre ne dit pas qu'un complot l'a provoquée. Il dit quelque chose de plus difficile à accepter : qu'une catastrophe de cette ampleur peut traverser une démocratie — dotée d'une presse libre, d'une justice indépendante, d'un parlement actif — sans qu'aucune responsabilité ne s'y attache. Et que ce n'est pas un accident : c'est une propriété de l'architecture institutionnelle.

Ce n'est pas un pamphlet. C'est un essai sourcé — commission d'enquête parlementaire wallonne, Cour des comptes, archives publiques — sur la mécanique qui transforme une faute collective en absence de coupable.


Le fait qui ouvre le livre

Pendant les inondations, un fait documenté résume tout. Les barrages de Bütgenbach et Robertville, gérés par un opérateur privé (Engie) sous contrat avec la Région, ont commencé à vider préventivement leurs réserves dès le 12 juillet — quarante-huit heures avant la catastrophe. Le barrage d'Eupen, géré par l'opérateur public (le Service Public de Wallonie), disposant des mêmes données météorologiques, ne l'a pas fait.

La question n'est pas accusatoire : pourquoi un opérateur privé a-t-il anticipé ce qu'un opérateur public n'a pas anticipé, avec les mêmes informations ? La réponse n'est pas dans les personnes. Le technicien de permanence a suivi un protocole, approuvé par sa direction, défini sur la base de normes, validées par un ministre, nommé par un gouvernement issu d'une coalition formée après des élections. Qui a décidé de ne pas vider le barrage ? Personne. Et tout le monde. C'est exactement ce que ce livre décrit.


Six étages, zéro responsable

En Belgique, six niveaux de pouvoir se superposent : communes, provinces, régions, communautés, fédéral — et, par-dessus, l'Union européenne qui fixe les contraintes budgétaires et dont les directives (la gestion des risques d'inondation, par exemple) s'imposent à tous. Ajoutez-y les intercommunales, leurs filiales, les agences, les opérateurs sous contrat.

Cette complexité n'est pas une simple inefficacité. Elle remplit une fonction. Dans une chaîne de décision fragmentée entre tant de niveaux, la responsabilité se répartit en parts si fines qu'aucune ne suffit, à elle seule, à fonder une faute. Chaque maillon a pu, de bonne foi, estimer avoir agi dans les limites de son mandat et renvoyer au maillon voisin. C'est le millefeuille — ou la lasagne institutionnelle : chaque couche est légitime dans son périmètre, mais l'empilement produit une structure où personne n'a l'autorité finale.

Quand personne n'est responsable, tout le monde peut recommander — et cent soixante et une recommandations n'engagent personne. Les deux faits vont ensemble.


Le cas d'école : les intercommunales liégeoises

La même architecture, dans un autre domaine, porte un nom : le scandale des intercommunales liégeoises.

Une intercommunale crée des filiales pour gérer ses actifs les plus rentables. Chaque filiale a son conseil d'administration, ses jetons de présence. Les mandataires siègent dans la maison mère et dans les filiales : le contrôleur et le contrôlé sont la même personne. Les comptes ne sont pas publiés dans un format accessible. Le fonds de pension des travailleurs est sollicité quand les comptes tournent mal. Les actifs publics sont transférés au privé à leur valeur comptable, inférieure à leur valeur de marché.

Tout cela est légal. En 2023, des responsables ont été condamnés — une première. Mais le jugement n'a ni restitué les actifs, ni rétabli le fonds de pension, ni modifié la structure. Les règles arrivent après. Le scandale les précède toujours.


Le mécanisme n'est pas belge

Pour démontrer qu'il s'agit d'une architecture et non d'une exception locale, le livre examine des cas que tout sépare — la géographie, le secteur, l'époque :

  • Stafford Hospital (Angleterre) : des centaines de décès évitables produits par une « culture de la conformité » aux indicateurs, sans responsable pénal.
  • Les caisses de retraite argentines (AFJP) : l'épargne de toute une génération absorbée par les frais puis le défaut souverain.
  • Dexia : une banque publique transformée en véhicule spéculatif, renflouée par les contribuables, sans condamnation de ses dirigeants.

Cinq invariants reviennent à chaque fois : une mission publique légitime, une dérive progressive, l'opacité comme protection, l'asymétrie de l'exposition, et la socialisation des pertes. Les profits ont été privés ; les pertes sont publiques.


Ce que ce livre démonte

  • Comment l'empilement de six niveaux de pouvoir dilue la responsabilité jusqu'à la dissoudre — au point qu'aucune part ne suffit à fonder une faute.
  • Pourquoi le respect scrupuleux des procédures peut produire une catastrophe sans qu'aucune règle n'ait été violée.
  • Le ressort par lequel un opérateur exposé à une responsabilité directe anticipe là où un opérateur protégé par la puissance publique reste passif — la structure d'incitations, pas les personnes.
  • L'anatomie de la filialisation : comment des actifs publics passent au privé en toute légalité, contrôleur et contrôlé confondus.
  • Les cinq invariants qui reviennent de Liège à Stafford, de Buenos Aires à Dexia — la signature d'une architecture, pas d'un hasard.
  • Pourquoi rien ne change après les scandales : les règles arrivent toujours après, le scandale les précède toujours.
  • La reformulation — l'opération de langage qui transforme un choix en contrainte, une décision en accident, une architecture en exception.

Ce que ça change de le savoir

Ce livre ne prescrit pas de révolution et ne propose pas de liste de dix réformes — ce serait suggérer que le problème est un manque d'idées. Les idées existent depuis quarante ans ; les rapports d'audit existent ; les exemples étrangers existent. Le problème n'est pas l'ignorance, c'est la structure d'incitations qui récompense l'inertie.

Ce que la connaissance change est plus modeste et peut-être plus durable : un mécanisme nommé est plus difficile à maintenir qu'un mécanisme invisible. Quand on vous dira que rien ne pouvait être fait, vous saurez qu'un opérateur, lui, a agi quarante-huit heures plus tôt. Quand on vous dira que les mandataires étaient payés « conformément aux statuts », vous saurez qui rédigeait ces statuts. Le livre montre aussi qu'ailleurs d'autres choix ont été faits — conseils de l'eau dotés d'une autorité unique, intercommunales transparentes aux comptes publics et aux rémunérations plafonnées : des preuves, pas des recettes.

Nommer le mécanisme est le premier acte de résistance. Pas le dernier. Le premier.


Un auteur sans complaisance

Jacques Jordens écrit dans le sillage de Chomsky, Ellul, Bourdieu, Postman — en français lisible, depuis un point de vue européen et belge. Ses livres cherchent la mécanique réelle des choses, sans complaisance pour aucun camp : dans la série Les Rouages, les mécanismes par lesquels nos sociétés fonctionnent vraiment ; dans État d'âme, le chemin du retour vers soi.

Sa singularité tient en deux refus : ni complotisme (les complots existent, mais sont rarement la bonne explication), ni naïveté (le système n'est pas innocent). Le coupable, pour lui, n'est jamais l'architecte : c'est l'architecture.


Témoignages-types (lecteurs cibles)

« Je croyais qu'après un scandale pareil, quelqu'un finissait toujours par payer. Ce livre m'a expliqué, calmement et preuves à l'appui, pourquoi presque jamais. Je ne lis plus les communiqués de la même façon. »

« Ni "tous pourris", ni "pas de chance". Pour la première fois, j'ai compris la troisième explication : celle de la structure. C'est plus dérangeant, mais c'est enfin clair. »

« L'histoire des deux barrages, public et privé, face à la même pluie : tout est là. On comprend en dix pages ce qu'aucun journal télévisé ne m'avait expliqué en vingt ans. »

(Témoignages composites, construits à partir de retours lecteurs.)


À qui s'adresse ce livre

  • Aux citoyens qui veulent comprendre pourquoi rien ne change après les scandales, sans verser dans le « tous pourris ».
  • À ceux qu'a frappés une catastrophe administrative — inondation, dossier d'indemnisation interminable — et qui cherchent à qui, vraiment, en imputer la faute.
  • Aux étudiants, enseignants et agents publics qui veulent une lecture claire de l'État fédéral belge et de ses six étages de pouvoir.
  • À quiconque s'intéresse à la responsabilité, à la gouvernance et à l'argent public — d'un point de vue belge et européen.
  • Aux lecteurs des Rouages qui veulent voir le mécanisme de la dilution de la responsabilité démonté pièce par pièce, sourcé, sans nommer de coupables.

Format et caractéristiques

  • Essai documentaire, construit en deux registres : une partie narrative (personnages fictifs assumés) qui fait sentir le mécanisme, et une partie analytique entièrement sourcée qui le démontre.
  • Appuyé sur des sources publiques : commission d'enquête parlementaire wallonne, Cour des comptes, archives et presse.
  • EPUB disponible ; édition brochée à venir.
  • Les Rouages, tome 12 — l'un des piliers de la série sur les mécanismes par lesquels nos sociétés fonctionnent vraiment.
  • Posture documentariste : mécanismes, pas personnes. On décrit l'architecture, on ne désigne pas de coupable.

Comment se le procurer

  • Site de l'auteur : jordens.eu — EPUB & PDF.
  • Librairies numériques : Apple Books, Kobo, Google Play (via nos distributeurs).
  • Newsletter : les nouveaux titres et articles, une fois par mois.

Quarante-deux morts. Cent soixante et une recommandations. Aucun responsable.
Ce livre ne cherche pas un coupable. Il vous montre l'architecture.
Nommer le mécanisme est le premier acte de résistance.